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2e extrait de mon dernier roman « La Confession d’Anna »

Chalumeau Confession d'Anna 1ere couv Edition 1Deux semaines plus tard, Alexandre rendit visite à sa marraine.
― Je suis contente que ta mère t’ait enfin tout raconté, dit-elle.
― Je ne comprends pas qu’elle ne l’ait pas fait plus tôt ; j’avais quand même le droit de savoir !
― Reconnais que ce n’était pas facile pour elle. Décrire le viol dont on a été victime n’est déjà pas simple ! Alors à son propre enfant…
― Je sais. Mais en attendant, je me suis fait des films incroyables !
Michèle tapota affectueusement le genou de son filleul. Elle aimait beaucoup ce garçon ; elle le connaissait depuis toujours et il était devenu le fils qu’elle n’avait pas eu.
― Et toi, poursuivit Alexandre, pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ?
Michèle sursauta, surprise par l’agressivité du ton du jeune homme.
― Je ne pouvais pas, Alexandre ! Ta mère est ma meilleure amie !
― Et alors ? Elle n’avait tué personne ! Elle était victime, pas criminelle ! Et moi, ça m’aurait aidé à comprendre ! À la comprendre !
― Ecoute, Alexandre, je n’avais pas à dicter sa conduite à ta mère. Comme tu le dis si bien, elle était la victime. Elle a beaucoup souffert et je comprenais qu’elle ne veuille pas en parler. Raconter les circonstances d’un viol, c’est le revivre à chaque fois.
Alexandre soupira.
― Et mon père ? Tu ne crois pas qu’elle aurait pu m’en parler ?
― Mais c’était la même chose ! Evoquer ton père, c’était forcément parler du viol dont il n’avait pu la sauver !
Alexandre haussa les épaules. Michèle le vit serrer les mâchoires, puis il fit craquer ses phalanges. Une larme apparut à sa paupière.
― Arrête de te tourmenter, Alex ! Ta mère a souffert et tu dois lui pardonner de n’avoir pas su parler plus tôt. Le principal est qu’elle l’ait enfin fait, que tu saches que ton père était un mec bien, qu’il a aimé ta mère et qu’il t’aurait aimé s’il avait vécu.
― Peut-être…
― Non, pas peut-être !
― Ok…
― Tu aurais pu ne jamais apprendre ton histoire à cause de cette… cruche !
― Clotilde.
― Pour moi, elle restera toujours la cruche ! Et toi le plus grand des idiots ! Tu as failli te fâcher avec ta mère à cause de cette fille inculte et vulgaire !
― C’est bon, marraine ! Je ne suis plus avec elle !
― Et c’est tant mieux ! Comment as-tu pu tomber amoureux d’une telle fille ? Elle était tout ce que ta mère ne supporte pas !
― Maman a toujours dit que je ne devais pas choisir mes nanas en fonction d’elle.
― Evidemment ! Ta mère est intelligente et elle veut que tu sois heureux. Mais de là à choisir une fille qui soit aux antipodes des goûts de ta mère…
― Clotilde était mal dans sa peau.
― Et toi aussi, apparemment ! On aurait dit que tu faisais exprès de sortir avec une fille qui n’appréciait pas l’art, qui n’avait aucune élégance, aucune éducation, aucune…
Alexandre, amusé par la virulence des propos de sa marraine, éclata de rire.
― On dirait que c’est toi, ma mère !
― Si j’avais été ta mère, tu aurais entendu parler du pays ! Tu n’as pas idée comme je me suis retenue de coller une paire de claques à ta péronnelle et de te secouer pour que tu te réveilles !
― Maman paraissait tellement indifférente…
― Paraissait ! C’est exactement cela ! On dirait que tu ne la connais pas !
― On ne se comprenait plus…
― Enfin… la cruche partie, vous avez vite retrouvé votre complicité !
Alexandre sourit. Michèle avait raison : sa mère et lui avaient failli se perdre.
― Je ne l’aurais jamais laissée tomber.
― Tu dis ça aujourd’hui ! En attendant, tu te laissais mener par le bout du nez ! Enfin, quand je dis le bout du nez, c’est façon de parler ! Faisait-elle de si bonnes…
― Marraine !
― Quoi, marraine ? Tu ne vas pas me dire que c’est sa conversation qui te séduisait ! Ni son esprit qui te ligotait comme un fil à la patte !
― Bon… on peut parler d’autre chose ?
Michèle haussa les épaules.
― Tu as raison ! déclara-t-elle finalement, car repenser à cette période de ta vie me met en pétard ! Tu étais devenu plus con que tous les ânes bâtés à la fois ! Et plus méchant avec ta mère que le plus teigneux des pitbulls !
― Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?
― Tu n’as pas idée du chagrin de ta mère quand elle n’avait plus de nouvelles de toi ! Tu ne l’appelais plus qu’une fois tous les quinze jours ! Et tu passais en coup de vent une fois toutes les trois semaines pour avaler un café !
― Je n’avais pas l’impression que je lui manquais !
― Bougre d’imbécile ! explosa Michèle.
Alexandre fronça les sourcils. Il aimait et respectait trop sa marraine pour ne pas accorder de crédit à ses paroles, aussi dures fussent-elles.
― Quand je venais, j’avais l’impression qu’elle avait hâte que je parte ! répondit-il.
Michèle soupira, excédée par la mauvaise foi manifeste du jeune homme.
― Vous êtes vraiment cons, vous les mecs !
― Oh ! c’est pas beau de mettre tous les hommes dans le même sac ! s’exclama Alexandre en riant.
Puis il saisit sa marraine par le cou et lui planta un baiser sonore sur la joue.
― Je ne suis pas venu pour me disputer avec toi, dit-il en la regardant gravement.

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1er extrait de mon dernier roman « La Confession d’Anna »

Chalumeau Confession d'Anna 1ere couv Edition 1Du plus loin qu’il se souvenait, Alexandre n’avait jamais entendu sa mère rire. Elle n’était pas une mauvaise mère ; simplement, elle était toujours triste. Elle portait sur le visage les stigmates du malheur et en elle un secret de famille qu’il n’avait pas réussi à percer malgré les innombrables questions posées à différentes étapes de son enfance puis de son adolescence.
Au volant de sa voiture, le jeune homme conduisait attentivement dans les rues de Nancy, sa ville natale. Il se réjouissait de bientôt serrer sa mère dans ses bras. Elle était tout pour lui et il savait, même si la pudeur l’empêchait de lui témoigner son amour, qu’il était tout pour elle.
Longtemps, il n’avait pas vu la femme derrière la mère. Comme tous les enfants, elle était « Maman », plus précisément sa « M’man », un être asexué entièrement dévoué à l’éducation de son fils. Jamais un homme, hormis les époux de ses amies, n’entrait dans leur appartement. À l’âge de la puberté, Alexandre avait commencé à s’interroger sur la sexualité de sa mère, même si le terme lui faisait horreur tant il refusait de l’imaginer dans les bras d’un individu, amant de passage ou au contraire compagnon de vie incognito. Enfant, il s’était cru le fils du Saint Esprit ; sa mère était la nouvelle Vierge Marie, sa Vierge Catherine ! Ses copains, à la fois ceux qui vivaient entre leurs deux parents et ceux qui, comme lui, n’avaient qu’une maman pour repère et qui parfois voyaient défiler des hommes à la maison, lui avaient ouvert les yeux un peu crûment. Lui n’avait jamais eu à se plaindre de la présence d’un beau-père et encore moins d’un père. Longtemps, il avait espéré que sa mère lui dévoilerait l’identité de celui-ci. Après tout, à partir d’un certain âge, il s’était senti prêt à entendre n’importe quelle vérité, mais il s’était heurté à un mutisme désespérant qui avait alimenté tous ses fantasmes. Il avait échafaudé les histoires les plus incongrues, les plus cruelles et les plus romantiques pour finalement retomber dans l’incertitude et la réalité de l’absence.

Ce soir-là, il était heureux d’annoncer la bonne nouvelle à sa mère : il avait enfin obtenu le contrat à durée indéterminée tant attendu dans l’entreprise qui avait recours depuis des années à ses services comme intérimaire. Informaticien, il n’avait jamais eu de problèmes pour travailler, en revanche il peinait à trouver une embauche ferme, ce qui l’empêchait de se projeter dans l’avenir. À vingt-sept ans, il n’avait encore rien pu entreprendre, sauf meubler son appartement et acheter une voiture à crédit, évidemment grâce à sa mère qui avait dû se porter garante.
Il avait quitté la maison assez jeune, vingt ans à peine, alors qu’il n’avait pas encore terminé ses études. Une amourette qu’il pensait éternelle l’avait amené à vouloir quitter le nid, le cocon, car sa mère s’était montrée intraitable sur le sujet : elle n’accepterait jamais d’assister à un défilé de jeunes filles chez elle avec le risque de se tromper de prénom, le matin au petit déjeuner. Le jeune couple avait rencontré la même intransigeance de la part des parents de la jeune fille ; les deux tourtereaux n’avaient eu d’autre choix que louer un studio. Alexandre travaillait le week-end dans une cafeteria et Saphia, étudiante, bénéficiait d’une bourse. Après quelques semaines d’euphorie et d’amour fou, le quotidien difficile les avait bien vite rattrapés et Alexandre n’avait plus supporté cette vie monotone qu’il menait auprès de sa première conquête ; Saphia, néanmoins, plaisait à sa mère. Peut-être d’ailleurs lui plaisait-elle trop ; le garçon en éprouva de la jalousie. Il avait donc rompu et cherché un nouveau studio car il avait bien compris que sa mère n’envisageait pas son retour dans sa chambre d’adolescent qu’elle avait d’ailleurs rapidement transformée en bibliothèque. Puis il avait rencontré Ophélie. Plus âgée que lui et régulièrement dépressive, elle vivait des aides sociales. Catherine avait également apprécié cette jeune femme, pour des raisons différentes, mais son état de santé psychologique l’avait inquiétée. Le comportement maternel de la jeune femme, qui avait tant plu au garçon en mal de tendresse, avait fini par l’agacer. Ophélie ne vivait que par lui et pour lui. Cette dévotion à sa personne l’avait d’abord séduit, mais elle le contraria bien vite quand il dut affronter le caractère possessif de sa copine ; au chômage, elle attendait son retour avec impatience et ne le lâchait plus de la soirée ni du week-end. Il n’avait plus une minute à lui et ne pouvait même plus rendre visite seul à sa mère. Elle voulait à chaque fois l’accompagner et Catherine trouvait cela normal. Par crainte de plonger la jeune femme dans la dépression s’il rompait, il se montra de plus en plus distant, jusqu’à ce qu’Ophélie lui dise un jour qu’elle quittait Nancy pour retourner chez ses parents en Vendée. Alexandre n’eut pas l’hypocrisie de vouloir la retenir, mais il eut la décence de dissimuler son soulagement.

Adolescent, Alexandre avait pensé que sa mère était lesbienne. L’absence d’hommes dans son entourage lui paraissait à la fois suspecte et révélatrice du grand mystère. Mais il avait dû se rendre à l’évidence qu’à part la présence de Michèle, amie d’enfance, aucune autre femme ne se trouvait dans l’intimité de Catherine. Il avait rencontré des collègues, mais aucune d’entre elles n’éveilla un doute en lui. Quant à Michèle, sa marraine, elle était aujourd’hui divorcée, mais il l’avait connue mariée - son époux était en outre également son parrain - et mère de deux filles un peu plus jeunes que lui. Leur amitié était profonde et solide, mais il n’avait jamais été témoin d’aucun geste déplacé entre les deux femmes ; il en fut à la fois soulagé et déçu car le mystère demeurait entier et il ne connaissait toujours pas ses racines.

Alexandre gara sa voiture sur le parking de la résidence. Il aimait revenir dans cet endroit. L’appartement que sa mère occupait dorénavant seule était situé dans un immeuble construit sur une butte. Du dixième étage, la vue était splendide. D’un côté, la ville s’étalait aux pieds des habitants et de l’autre, côté chambres, un parc assurait la quiétude de leurs nuits.
Par habitude et par égard, il sonnait toujours deux coups brefs à la porte d’entrée de l’immeuble avant de l’ouvrir avec sa clef puis de pénétrer dans l’ascenseur. Généralement, quand il arrivait sur le palier, Catherine l’accueillait sur le pas de sa porte. Il voyait dans ses yeux le plaisir qu’elle ressentait de sa visite, mais ses bras jamais ne l’entouraient et elle ne pressait jamais son corps contre le sien. Il en souffrait parfois et il enviait les camarades dont les mères démonstratives et exubérantes lui procuraient à la fois gêne et jalousie. Elles étreignaient leurs fils avec force et impudeur et les embrassaient en les regardant presque amoureusement. Tandis que lui devait deviner l’amour qui bouillonnait dans les veines de sa mère, sa fierté maîtrisée, ses élans retenus, ses paroles tendres tues.

Ce soir-là, Catherine ne l’accueillit pas. Il sonna de nouveau avant d’introduire sa clef dans la serrure et entra dans le couloir. Perplexe, il vit de la lumière dans le salon. Le vieux chat Socrate vint se frotter à ses jambes. Il caressa le pelage noir de l’animal dont il avait partagé le quotidien et sa couette pendant dix ans. Il pensa à la mort future et sans doute proche du félin, âgé déjà de dix-sept ans… Il savait que sa perte serait douloureuse.
Sur le seuil, il découvrit sa mère assise dans son fauteuil habituel, prostrée, le visage livide, une feuille de papier à la main. Alexandre pensa immédiatement à une mauvaise nouvelle et fit mentalement le tour de leurs connaissances pour tenter de deviner qui pouvait bien être malade et peut-être mort. Cela ne lui prit que quelques secondes car il n’avait pas de famille et le cercle amical de sa mère était très réduit.
― M’man ? fit-il.
Catherine leva lentement les yeux et les posa sur son fils.
― Que se passe-t-il ? demanda-t-il.
Devant l’apathie de sa mère, il effectua les quelques pas qui le séparaient d’elle et s’agenouilla pour lui prendre la main.
― Que se passe-t-il ? répéta-t-il.
Pour toute réponse, Catherine lui tendit la lettre.
― Qu’est-ce que c’est ? murmura-t-il.
― Lis, dit-elle d’une voix blanche.
Il prit le courrier et le parcourut, puis il regarda de nouveau sa mère.
― Je ne comprends pas. Qu’est-ce que cela signifie ?
― Je suis obligée de payer la maison de retraite de cette femme ! explosa Catherine.
― Oui, mais qui est cette Anna… Kasperzak ?
― Apparemment, la mère de ma mère.
― La mère de ta mère… Ta grand-mère ?
― Oui. La femme qui a abandonné sa fille et qui n’a jamais connu sa petite-fille ! Pourtant, elle a trouvé le moyen de savoir où j’habite pour exiger que je subvienne à ses besoins !
― Je doute qu’elle ait elle-même effectué les démarches ! Quel âge a-t-elle ?
Catherine saisit le courrier :
― Elle est née en 1924, annonça-t-elle.
Alexandre déglutit. L’information était de taille. Voilà que, d’un coup, son arrière-grand-mère débarquait dans sa vie !

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