Lettre ouverte aux grévistes

Pendant neuf mois, nous avons parlé de la croisière que nous allions faire en octobre. Comme la conception d’un enfant, nous avions mûri ce projet. Depuis trois ou quatre ans, nous évoquions l’éventualité de partir sur un de ces grands bateaux blancs qui nous emmèneraient sur les mers et les océans, loin du ciel gris et des soucis, pour une semaine de découvertes et de farniente.
Puis nous avons enfin fixé une date et choisi un lieu. Pour notre première croisière, nous avions voulu nous rendre dans les îles grecques. Le départ se faisait de Venise et le retour par Dubrovnik. Mois après mois, nous engraissions le cochon et Monique glanait des informations sur Internet. Nous avons fait la visite virtuelle du bateau, le Victoria. Lorsque, fatiguée, je cherchais à m’évader, je me rendais sur le site d’Athènes, berceau de la civilisation, terre de la mythologie, de l’Odyssée d’Homère, et je rêvais en contemplant les colonnes de l’Acropole.
Monique acheta les billets de train trois mois exactement avant la date pour bénéficier d’un tarif intéressant. Surprise : nous allions voyager en première classe ! Je réservai l’hôtel à Venise où nous devions passer une journée et une nuit avant d’embarquer. Enfin l’été passa et nous comptions en semaines le temps à attendre avant de partir.
Nous avons changé en billets toutes les pièces que le cochon avait rendues à contrecœur et Monique commença à préparer les vêtements que nous emporterions, dont une tenue élégante pour la fameuse soirée du commandant.
Et puis le climat social se détériora. Les grèves et manifestations commencées au printemps reprirent de plus belle à l’automne. Ceux qui nous connaissent savent que nous sommes solidaires du mouvement, même si nous ne sommes pas directement concernées par le problème des retraites. Alors que les jeunes peinent à trouver de l’embauche, les salariés devraient travailler jusqu’à ce qu’ils sucrent les fraises ? Absurde ! Alors oui, nous sommes pour la grève, les manifestations et la révolution s’il le faut.
Seulement, pas de bol, le énième jour de grève tomba le 12 octobre, deux jours avant notre départ. Jusqu’au bout, j’ai cru à notre bonne étoile : les trains rouleraient le 14 et s’il n’en roulait qu’un, ce serait le nôtre. J’y ai cru jusqu’à cet après-midi, jusqu’à ce que Monique rentre de la gare et m’annonce que nos billets avaient été remboursés. Les trains ne rouleraient pas et nous n’avions plus qu’à prendre la route pour nous rendre à Venise. Au lieu de nous laisser bercer par la musique et le tangage du train, nous allons commencer nos vacances avec le stress de la circulation sur huit cents kilomètres. Idem pour revenir.
Alors oui, je suis toujours solidaire, Mesdames et Messieurs les grévistes, même si, j’ai un peu honte de le dire, j’aurais préféré une autre date pour ne pas en subir les conséquences !

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