Foutu cordon

Ce fil qui relie l’embryon au placenta est sectionné à la naissance, occasionnant un traumatisme à la fois pour la mère et l’enfant, néanmoins banalisé ou occulté par l’arrivée du bébé. Mais ce cordon ne cesse de se reformer virtuellement et il faut recommencer la manip, plus délicate encore car on est seul, plus exactement seul à deux.
Mon petit partit à 20 ans, la fleur au fusil pour vivre avec sa copine. On a beau s’y préparer, on est pris au dépourvu et ce cordon, mal ou trop vite sectionné, causa de part et d’autre des petits soucis de cicatrisation. Puis il y eut un autre déménagement, une autre copine, puis encore un déménagement, seul dans un grand appartement pour valider son entrée dans la vie active par un CDI à Nancy. Il était à la fois autonome et proche ; c’était bon de le savoir à un quart d’heure de la maison, à portée de vue et de cœur. Or voilà que le travail l’oblige à quitter Nancy pour Forbach. Au contraire de nous, nos enfants doivent en effet choisir leur lieu de vie en fonction du marché de l’emploi. Nous avions de la chance, cela aurait pu être Paris ou Bordeaux. Il aurait aussi pu s’expatrier comme moi ; à peine majeure, j’étais partie vivre outre-Manche puis outre-Rhin et ma mère redoutait l’outre-Atlantique…
Cette fois, pas question de le déménager nous–mêmes ; en deux ans, il avait amassé meubles, vaisselle, linge de maison et appareils électroménagers en conséquence. Monique et moi – surtout Monique – l’avons aidé à faire ses cartons.
Puis le jour J arriva. Je le sentais à la fois soulagé de ne plus avoir à faire la route chaque jour et anxieux de ce nouveau départ. Un déménagement n’est jamais anodin ; on laisse toujours une petite part de soi dans les murs qu’on abandonne. Monique alla l’aider à emménager et je sentais bien qu’il avait très envie que je vienne aussi voir son petit nid, un appartement en duplex qu’il nous avait montré en photo. Par chance, je n’avais pas de travail urgent sous le coude ; j’ai donc pris la route avec lui. J’étais émue et fière de sa réussite. Il était heureux de me montrer chaque pièce de son T3. Nous n’avons pas eu le temps de ranger quoi que ce soit ; le temps pressait car il avait rendez-vous avec son ancienne propriétaire. Puis il me ramena à la maison et ne s’attarda pas car il devait encore récupérer son chat chez un copain qui l’avait hébergé le temps du déménagement. En même temps qu’il avait envie de partir vite pour être plus tôt chez lui, je sentais qu’il tardait, m’embrassant deux fois de suite. « Ce n’est pas loin ; on se verra aussi souvent qu’avant » promit-il.  Nous avions tous deux une boule dans la gorge et une autre au creux du ventre. Le foutu cordon tirait dur…

12 Réponses à “Foutu cordon”


  • c’est dur d’être une mère, peut importe l’âge de nos enfants, nous avons toujours un pincement au coeur quand ils quittent la maison.
    bon courage pour la suite

  • Je ne suis pas de ces mamans poules qui voudraient toujours garder leurs petits près d’elles. J’ai toujours pensé que le rôle des parents est d’aider leurs enfants à s’assumer seuls. Le premier choc passé, le départ de mon fils avait été très positif car cela m’avait permis de poser sur lui un regard différent. En devenant adulte et vivant hors du foyer, les relations avaient changé en mieux. Et j’avais initié son déménagement vers un autre studio après son premier échec de vie amoureuse afin qu’il ne soit pas tenté de revenir au nid, ce qui aurait constitué un double échec et une grave régression. Aussi suis-je contente qu’il ait choisi de partir en Moselle où une opportunité de travail se présentait car c’est pour moi la preuve que j’ai réussi au moins une partie de son éducation : l’apprentissage de l’autonomie. Mais cela n’empêche… car même s’il n’est qu’à cent km, il n’est plus « sous le coude », en quelques sorte. Et cela n’a rien à voir avec les nombreux dépannages informatiques qu’il a réalisés pour moi car cela pourra toujours se faire à distance. C’est juste que… ben… il a l’air un peu plus parti qu’avant…

  • Hello Tracey !
    Ravie de te revoir sur mon blog. Cela faisait longtemps, non ?
    Eh bien, il est prévu que nous allions dîner chez lui samedi prochain. Mon seul souci est de savoir comment les deux animaux vont se comporter… Peut-être faudra-t-il enfermer le chat dans une pièce…

  • Je lis, mais ne rédige pas toujours les commentaires. Mon français tombe en désuétude et je me trouve dépourvu des réponses!

  • Oh tu n’es pas si dépourvue que ça et ton français est admirable, parfois bien meilleur que le français de certains Français ! Pour une Américaine, c’est vraiment remarquable, car en général les Américains et encore plus les Anglais ont tendance à penser que l’anglais est la langue universelle et qu’ils n’ont donc pas d’effort à faire pour en apprendre d’autres… Alors bravo à toi !
    Dis-moi, de quel côté des USA es-tu ? Tu as sans doute vu le nouveau widget qui localise les visiteurs ? So, where are you from ? East or west coast ?

  • Ah Tracey, j’ai ma réponse : Oakland, côte ouest ! J’ai vu ta luciole scintiller sur la mappemonde !…

  • Bel article, qui trouve bien sa place dans la catégorie « émotion », et pour cause : il m’a tiré des larmes.

  • Oui… sans le blog (qui a remplacé mon journal intime), je serais sans doute en déprime. C’est terrible de ne pas savoir dire ce que l’on écrit si volontiers…

  • Je ne sais pourquoi les widgets me mettent à Oakland. Je suis sur l’autre côté de San Francisco Bay, à San Mateo (plus proche à San Francisco que Oakland).

    J’avoue parler avec mon ami à Paris largement en anglais. Son anglais est tellement meilleur que mon français et je deviens paresseuse.

  • Je ne sais pas non plus, Tracey. Peut-être que la station météo la plus proche de chez toi est Oakland ?
    En tout cas, pour quelqu’un qui dit ne pas bien maîtriser le français, je trouve que tu te débrouilles très bien et chapeau pour continuer à suivre mon blog car cela fait maintenant plus d’un an qu’on s’est rencontrées à Metz et tu es toujours là ! Merci.
    Have a nice day.

  • Un récit émouvant sur les départs inéluctables; se séparer est peut-être nécessaire pour mieux se réunir…
    Geraldine

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